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Texte tiré de: Canada (1989), Espèces en difficulté dans le Saint-Laurent
Fiche signalétique
Forme :
Fusiforme, bouche grande et terminale, queue légèrement fourchue. Une nageoire dorsale et une autre, adipeuse, près de la queue. Coloration très variable selon le stade de développement. En mer, ventre blanc flancs argentés et dos brun, vert ou bleu-gris avec des taches noires. Perd sa livrée argentée en rivière et devient brun avec des taches rougeâtres sur les flancs. À l'approche de la fraye, la tête du mâle s'allonge et sa mâchoire inférieure s'élargit et devient crochue à son extrémité.
Longueur et poids :
Largement déterminés par le nombre d'années passées en mer: de 1,5 à 2,5 kg et 50 cm après un an, de 3 à 6 kg et 75 cm après deux ans et de 7 à 12 kg et 90 cm après trois ans de vie en mer. Les plus gros spécimens, ayant frayé à plusieurs reprises, peuvent peser plus de 25 kg.
Reproduction :
Poisson anadrome typique. Après un séjour de un à trois ans, parfois quatre, en mer, il revient à sa rivière natale pour se reproduire. La fraye a lieu l'automne, entre la fin d'octobre et la fin de novembre en eau vive peu profondes sur fond de gravier. Certains individus se reproduiront plus d'une fois.
Longévité :
Environ sept ans.
Régime alimentaire :
En rivière, les juvéniles se nourrissent surtout d'insectes. En mer, le régime alimentaire des adultes est très varié. Crustacés, lançons, éperlans, capelans, harengs et maquereaux sont principalement au menu. De retour en rivière, les reproducteurs cessent de s'alimenter.
Habitat :
À leur sortie de rivière, les post-saumoneaux séjournent le long de la Côte-Nord du Saint-Laurent avant de migrer vers les aires d'engraissement près de Terre-Neuve et du Groenland. De retour vers leur rivière natale, les saumons utilisent les eaux côtières de l'estuaire comme voie migratoire. La rivière Jacques-Cartier, en rive nord, et la rivière Ouelle en rive sud marquent les limites reconnues de pénétration du Saumon dans l'estuaire du Saint-Laurent.
Principaux prédateurs :
En rivière, les oeufs, les alevins et les juvéniles sont la proie d'autres poissons comme l'Omble de fontaine, le Meunier noir et l'Anguille, en plus de faire partie du régime alimentaire de plusieurs oiseaux (Becs-scie, Martin-pêcheur, Goélands, Cormorans) et de mammifères (Vison, Loutre). En mer, l'adulte est surtout la proie de morues, de goberges et de thons.
Autres noms :
Bien que la nomenclature des stades de développement soit élaborée, l'adulte est globalement désigné sous les vocables de Saumon atlantique, de Saumon, d'Atlantic salmon ou Amon et de Salmo salar . Les termes madeleineau, castillon et grilse sont utilisés pour les adultes de retour en rivière après un séjour d'un an en mer, sinon ils sont nommés redibermarins. Confiné aux eaux douces, on l'appelle alors Ouananiche, Saumon d'eau douce, landlocked salmon ou encore sebago.
Situation actuelle
L'aire de répartition du Saumon atlantique s'étend de part et d'autre de l'Atlantique Nord. Au Québec, les récits historiques font largement état de son abondance passée dans plusieurs tributaires de l'estuaire du Saint-Laurent, y compris la plupart des rivières des environs de la ville de Québec, comme la Saint-Charles, la Jacques-Cartier et la Sainte-Anne.
Jusqu'au 20e siècle, le Saumon est resté relativement abondant dans la plupart des tributaires du Saint-Laurent en aval de Québec, soit ceux qui donnaient accès à un habitat convenable.
La baisse généralisée des stocks observée au Québec, depuis les années '40, serait due à une surexploitation par la pêche commerciale. D'ailleurs, les fluctuations observées dans les montaisons au Québec, depuis les années '60, coïncident avec les débarquements commerciaux effectués via une pêche hauturière intensive pratiquée près du Groenland. Le saumon est traqué sur ses pâturages en haute mer, exploité activement lors de ses migrations puis prélevé sportivement et braconné en rivière, souvent sans considération. Ces nombreux assauts pourraient l'amener à la limite de ses capacités de récupération.
Le déficit généralisé de reproducteurs, de 1982 et 1983, a conduit à des restrictions sévères pour toutes les formes d'exploitation et à l'intensification des efforts de restauration de l'espèce. Les diverses mesures appliquées ont permis un certain redressement de la situation, mais l'espèce est toujours considérée comme étant fragile.
Habitats préférentiels le long du Saint-Laurent
L'estuaire du Saint-Laurent ne représente qu'une partie seulement de l'habitat du Saumon. Ses eaux côtières sont utilisées comme route de migration par les post-saumoneaux , qui se dirigent vers les aires d'engraissement en mer, et par les reproducteurs lors de leur retour pour frayer en rivière.
L'habitat en rivière est mieux connu. Dans la portion estuarienne d'intérêt, il existe 13 rivières à Saumon en rive nord et 7 en rive sud du Saint-Laurent, soit environ 15% de toutes celles de la province. Il s'agit dans l'ensemble de tributaires où les eaux sont froides et l'écoulement rapide. L'agencement des divers faciès d'écoulement (rapides, bassins, fosses et chenaux) procure d'excellents habitats pour la fraye et le développement des stades juvéniles.
Les habitats marins du Saumon sont localisés près du Groenland, dans la mer du Labrador et à l'est du Grand Banc de Terre-Neuve. Les eaux y sont froides et productives, favorisant son alimentation et sa croissance.
Biologie de l'espèce
Après un séjour en mer de un à trois ans, parfois quatre, le Saumon retourne à sa rivière natale pour se reproduire. Certains spécimens reviennent après un an et sont appelés madeleineau, grilse, castillon ou unibermarin. Les autres sont appelés dibermarin (deux ans en mer), tribermarin (trois ans) ou, plus généralement, redibermarin ou grands saumons , Le nombre d'années en mer détermine largement le poids du Saumon au moment de son arrivée en eau douce; 1,5 à 2,5 kg après un an, 3 à 6 kg après 2 ans et 7 à 12 kg après trois ans de vie en mer. Les spécimens qui reviennent frayer plus d'une fois sont appelés multipares, ou reproducteurs à fraye multiple, et peuvent peser jusqu'à 25 kg.
Diverses hypothèses ont été émises pour tenter d'expliquer les mécanismes qui déclenchent et régissent les déplacements migratoires, mais aucune ne fait l'unanimité auprès de la communauté scientifique. L'orientation magnétique, la navigation par les étoiles et le soleil, l'influence des courants marins et la remémoration de l'odeur des eaux de la rivière natale, par le biais de substances chimiques (phéromones) secrétées par les juvéniles en rivière interviendraient à divers niveaux dans le processus de reconnaissance de la rivière natale.
L'arrivée des reproducteurs à l'embouchure des rivières peut s'échelonner sur plusieurs mois. Les gros individus arrivent d'abord; ce premier contingent migre généralement dans la rivière de mai à juillet. Vers le milieu de cette vague, on voit alors graduellement apparaître les concentrations de madeleineaux. Dans certaines rivières la remontée de grands saumons peut se poursuivre jusqu'en début d'octobre. La proportion de gros saumons ou de madeleineaux varie d'une rivière à l'autre et d'une saison à l'autre; quelques rivières ne produisent que des madeleineaux, d'autres que des individus plus âgés.
Quelle que soit la date d'arrivée du Saumon à l'embouchure de la rivière, la montée vers les lieux de fraye s'effectue généralement après une courte période d'adaptation en eau saumâtre. Le rythme de montaison varie énormément en fonction du régime hydrologique et de la sévérité des obstacles qui jalonnent le cours de la rivière cible, Les saumons seraient peu actifs lorsque les eaux sont hautes ou très basses et davantage la nuit que le jour. C'est pendant ce processus complexe où sont inter reliées la maturation des gonades et la migration depuis les habitats marins que la mâchoire intérieure du mâle prend la forme d'un crochet recourbé vers le haut et que sa coloration change. Ce changement de coloration est moins marqué chez la femelle.
La fraye a lieu en octobre et en novembre, sur fond de gravier, en eaux assez rapides et peu profondes. La femelle creuse un nid avec sa queue et y dépose ses oeufs qui sont aussitôt fécondés par un ou plusieurs mâles adultes ou même juvéniles. Il n'est pas rare, en effet, que des tacons mâles, ayant atteint la maturité sexuelle, participent activement à cette activité. Le nombre d'oeufs produits est d'environ 1 500 par kilogramme de poids corporel.
La période d'incubation des oeufs dure de 160 à 200 jours. L'éclosion a lieu à la fin de l'hiver, mais les alevins n'émergent du gravier que quelques semaines plus tard. Les saumons juvéniles, appelés tacons, ont une coloration typique, une alimentation basée sur les invertébrés en dérive et un comportement territorial. La productivité des rivières dépend directement des aires disponibles pour le développement des tacons.
Sur la Côte-Nord, la vie en rivière peut durer de 2 à 5 ans, Au terme de leur séjour en eau douce, les tacons deviennent argentés et grégaires ; on les désigne alors sous le nom de saumonneaux. Ils dévalent vers l'estuaire des rivières au printemps, où ils s'acclimatent à l'eau salée, avant d'entreprendre leur migration vers des pâturages marins.
Il est généralement admis que, sur un total de 8 000 oeufs fécondés, seulement quatre individus reviendront se reproduire en rivière, bien que ce nombre soit très variable puisqu'il dépend beaucoup des interceptions en mer. Après avoir frayé, le Saumon est désigné sous le nom de Saumon noir. Ils sont plusieurs qui retournent en mer à la suite d'une première fraye mais seulement 5% environ de l'ensemble des reproducteurs reviendront se reproduire une seconde fois après s'être reconditionnés en mer.
Les connaissances sur les zones marines d'alimentation et les voies migratoires sont fragmentaires. En mer, le Saumon mange une variété de poissons, dont le Hareng, le Capelan, le Lançon et le Maquereau. Les crustacés, comme les crevettes et les euphausides , sont aussi au menu.
En rivière, les juvéniles font l'objet d'une prédation soutenue de la part des poissons, des oiseaux et de quelques mammifères. En mer, les post-saumoneaux et les saumons en croissance sont la proie de poissons comme la Morue, la Goberge et le Thon. Le phoque ingère également du Saumon captif dans les engins de pêche. Dans nos eaux, l'espèce est l'hôte d'une variété de parasites internes et externes, qui seraient toutefois sans conséquence pour sa survie.

Utilisation par l'homme
Le Saumon du Québec est d'abord exploité en mer, dans ses aires d'engraissement. Parvenus dans nos eaux côtières, les pêches commerciales en prélèvent un certain nombre en aval de Franquelin, celles-ci étant interdites pour le reste de la Haute et Moyenne Côte-Nord, en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent. Pour quelques rivières, on retrouve également la pêche de subsistance pratiquée par les autochtones et, enfin, à l'exception de rivières en phase de restauration, les pêcheurs sportifs, effectuent leur part de prélèvements. À ce tableau général de l'exploitation du Saumon, il faut ajouter les captures illicites.
En eaux côtières, le filet maillant et filets-trappes sont utilisés pour capture commerciale du Saumon alors qu'en rivière, le sportif a recours à des lignes à pêche appâtées généralement de mouches artificielles, non lestées, dites noyées ou sèches. Les retombées économiques reliées à la pêche sportive du Saumon sont proportionnellement plus élevées que celles de toutes autres espèces.
La réputation du Saumon atlantique tient à l'excellence de sa chair et à sa combativité. Il est vendu frais, congelé ou fumé, mais rarement en conserve contrairement aux Saumons du Pacifique.

causes du déclin
Puisqu'à plusieurs étapes de sa vie, le Saumon est soumis à une forme ou une autre d'exploitation par l'homme, il n'est pas surprenant que la surexploitation constitue une des principales menaces à sa survie. Dans le réseau du Saint-Laurent, le Saumon est resté abondant jusqu'au 20e siècle, partout où il avait accès à un habitat convenable. Des baisses d'abondance ont été attribuées à la perte d'accès à certaines rivières, comme la Jacques-Cartier.
Une baisse généralisée des stocks et des changements dans les rapports madeleineaux/redibermarins ont été observés lorsqu'une pêche intensive a été pratiquée près du Groenland, à partir de 1960. Les captures ont atteint un maximum de 2 689 t en 1971. En raison de la diminution des effectifs, la pêche hauturière a été soumise à une limite décroissante pour atteindre zéro en 1976. La pêche côtière, toujours pratiquée en 1990, est limitée à moins de 1 000 t.
Les effets de la diminution des stocks se sont également fait sentir au niveau de la pêche sportive au Québec. Au début des années '80, il se vendait annuellement plus de 20 000 permis de pêche sportive du Saumon. En 1984, ces ventes ont chuté à 12 500, mais leur nombre augmente graduellement depuis ce temps.
Outre la surexploitation des stocks, les atteintes aux habitats dulcicoles n'ont vraisemblablement pas aidé la cause du Saumon. La pollution domestique ou industrielle, l'empiétement des berges et le déboisement des bassins versants pourraient avoir des effets locaux insidieux. Les rivières de la Côte-Nord seraient moins exposées à ces problèmes; par contre, elles sont plus vulnérables aux effets des pluies acides.
Face à une récolte particulièrement mauvaise dans l'ensemble du Québec et à un déficit généralisé des reproducteurs en 1982 et 1983, le gouvernement du Québec a imposé des restrictions sévères à toutes les formes d'exploitation à partir de 1984. Il semble que les mesures appliquées aient permis un certain redressement de la situation.
Encore aujourd'hui, l'offre de pêche demeure de beaucoup inférieure à la demande.

Besoins de connaissances et mesures correctrices
Il serait trop long d'énumérer toutes les mesures prises pour sauvegarder ou améliorer les populations de saumons et leur habitat naturel. Le travail accompli dans ce domaine est énorme et comprend, entre autres: la construction de passes migratoires ou autres dispositifs mécaniques pour permettre le franchissement d'obstacles en rivière, l'ensemencement annuel de jeunes saumons de divers stocks, produits dans les trois stations piscicoles opérées sous l'égide du gouvernement du Québec, la restauration de rivières jadis utilisées par le Saumon, comme la Jacques-Cartier, la rivière du Gouffre et celle des Escoumins et le reconditionnement de saumons noirs. Les mesures les plus récentes visent à restreindre le braconnage, à limiter les captures accidentelles effectuées dans le cadre d'autres pêches et les prélèvements en mer effectués sur des stocks mixtes. S'ajoute l'élevage de saumons adultes pour le marché de la consommation.
Dans le cadre de l'Entente auxiliaire Canada Québec sur le développement des régions du Québec, les gouvernements fédéral et provincial ont entériné un programme quinquennal de développement économique du Saumon de 1991 à 1996.D'une valeur de 24 millions de dollars, cette entente comprend quatre types d'interventions: l'élaboration d'un plan de mise en valeur par rivière, le développement ou l'amélioration de techniques de mise en valeur, la réalisation d'activités de mise en valeur et le développement de services-conseils destinés aux organismes sans but lucratif admissibles au programme.
À court terme, les besoins de connaissances visent à évaluer, par rivière, le potentiel d'accroissement de la production de tacons et de saumoneaux, par une restauration des habitats ou par une amélioration de leur accessibilité.
À moyen terme, les besoins visent à mieux évaluer la productivité réelle des rivières, de façon à améliorer la gestion de la ressource par bassin hydrographique. Cela suppose de mieux connaître l'influence des composantes physiques de l'habitat qui régissent la production de jeunes saumons. Sur la Côte-Nord en particulier, il serait souhaitable de mieux évaluer le nombre de reproducteurs laissés en rivières.

Lectures suggérées
Canada (1989). Espèces en difficulté dans le Saint-Laurent. Le Saumon atlantique. Pêches et oceans. Plan d'action Saint-Laurent.
ANDERSEN, A. et M. GAGNON. 1980. Les ressources halieutiques de l'estuaire du Saint-Laurent. Rapp. can. ind. sci. halieut. aquat. 119: iv + 56 p.
COTÉ, Y. 1976. Le saumon. Série Faune du Québec. Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, Québec. Brochure no 12: 8 p.
MARQUIS, H., J. THERRIEN, P. BÉRUBÉ et G. SHOONER. 1990. Modifications physiques de l'habitat du poisson en amont de Montréal et en aval de Trois-Pistoles de 1945 à 1988 et effets sur les pêches commerciales. Étude réalisée par Gilles Shooner et Associés pour le compte des ministères des Pêches et des Océans et de l'Environnement du Canada. 146 pages + 4 annexes.
ROBITAILLE, J. A. et Y. MAILHOT. 1989. Dynamique et statut des populations de poissons du Saint-Laurent: état des connaissances. Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec, Direction de la gestion des espèces et des habitats et Direction régionale Mauricie, Bois-Francs. Rapp. tech. 51 p.
ROBITAILLE, J. A., L. CHOINIÈRE et Y. VIGNEAULT. 1989. Identification des populations de poissons d'intérêt économique en situation précaire dans le réseau du Saint-Laurent et sélection des espèces pour des interventions immédiates. Rapp. tech, can. soi. halieut. aquat., 1810: ix + 24p.
SCOTT, W. B. et M. G. SCOTT. 1988. Atlantic fishes of Canada. Can. Bull. Fish. Aquat. Sci. 219: 731 p.
SMITH, K. E. H. 1988. Le saumon de l'Atlantique, Série le Monde sous-marin. Direction générale des communications, ministère des Pêches et des Océans, Ottawa. 8 p.
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